De l'oxygène sous forme de gaz (O2) a été détecté autour de
la comète Tchouri. Une découverte qui pourrait remettre en question les modèles
de formation du système solaire.
L'aventure de la sonde Rosetta autour de la comète
Tchouri nous réserve décidément bien des surprises. Si l'on avait dernièrement
appris la découverte de certaines molécules organiques encore jamais détectées
sur une comète, c'est cette fois de son "atmosphère", ou plus
précisément de sa chevelure, que provient une découverte qualifiée de
surprenante par les spécialistes de la question : de l'oxygène gazeux.
De l'O2 dans la chevelure
La chevelure d'une comète, c'est ce halo de gaz et de
poussières qui provient de l'action des rayons solaires sur sa surface. Cette
sorte "d'atmosphère" s'enrichit donc au fur et à mesure que la comète
"dégaze" à l'approche du Soleil, avec un point culminant lors du
passage le plus près de notre étoile, ce que l'on nomme le périhélie. La comète
67P Tchourioumov-Guérassimenko, "67P" ou "Tchouri" pour les
intimes, est arrivée à ce point de son orbite le 13 août dernier, et poursuit
désormais sa course en s'éloignant du Soleil. Elle a donc eu l'occasion
d'expulser dans sa chevelure nombre de matériaux auparavant gelés.
Les gaz qui sont présent dans les chevelures de la
plupart des comètes que nous avons observées sont principalement du monoxyde et
du dioxyde de carbone et de la vapeur d'eau. On peut aussi y trouver des traces
d'autres molécules, dont des composés à base de soufre ou même certains
hydrocarbures.
En ce qui concerne l'oxygène, c'est un tout petit peu
plus compliqué. On en a en effet déjà détecté autour de comètes, mais sous
forme d'atomes arrachés à des molécules, principalement d'eau, par la force des
radiations du Soleil lorsque celui-ci est suffisamment proche. En revanche,
l'oxygène dit "moléculaire", le gaz oxygène (O2), celui que nous
respirons dans notre atmosphère, n'avait encore jamais été détecté autour d'une
comète.
Pourquoi l'O2 est rare
Trouver de l'oxygène gazeux hors de l'atmosphère
terrestre est d'ailleurs assez rare, y compris dans les nuages de gaz
interstellaires où se forment les étoiles. Il y en aurait dans les océans
d'Europe, la lune de Jupiter, et même dans son atmosphère, ou encore dans
celles de Dione et Rhéa, deux lunes de Saturne. Mais globalement, même si
l'oxygène atomique est l'un des composants les plus abondants dans l'univers,
l'oxygène gazeux, lui, est loin d'être fréquent.
Cela s'explique par le fait que l'oxygène atomique a
tendance à se combiner avec d'autres composés pour former différentes molécules
comme l'eau (H2O), le gaz carbonique (CO2) et bien d'autres encore, beaucoup
plus facilement qu'il ne reste stable sous sa forme gazeuse O2.
La comète vient-elle d'une nébuleuse obscure ?
Mais d'où vient donc cet oxygène gazeux ? Au départ,
l'équipe de scientifiques en charge de ROSINA, l'instrument qui a détecté sa
présence, s'est demandé si l'oxygène en question ne provenait pas de la sonde elle-même,
mais après sept mois de mesures, ils ont pu écarter cette hypothèse, et
affirmer que le gaz provenait bien de l'intérieur de la comète, où il y aurait
donc des "réserves" d'oxygène gazeux gelé. La conclusion des analyses
est que "l'O2 primordial a d'une certaine façon été incorporé aux glaces
de la comète pendant sa formation et est relâché avec la vapeur d'eau
aujourd'hui", explique Andre Bieler, de l'université du Michigan, auteur
principal d'une étude parue aujourd'hui dans le journal "Nature".
L'oxygène en question daterait donc de plus 4 milliards et
demi d'années, lorsque la comète s'est formée, dans les premiers stades de la
naissance du système solaire, bien avant que les planètes ne voient le jour.
"Cette preuve que l'oxygène est une substance ancienne va probablement
discréditer certains modèles théoriques de la formation du système
solaire", déclarait au Guardian Kathrin Altwegg, de l'université de Berne,
co-auteur de l'étude.
Comme le précise le site de l'université de Berne (Suisse),
"l'explication la plus probable, selon les chercheurs, est que l'oxygène
ait eu son origine très tôt, avant la formation du système solaire". Il
faut en effet savoir que celui-ci s'est formé au cœur de ce que l'on nomme une
"nébuleuse obscure", un nuage interstellaire très dense. C'est là que
sous l'action de la gravitation, la matière finit par se concentrer
suffisamment pour donner naissance à une étoile, puis à son système planétaire.
L'oxygène de Tchouri pourrait bien provenir de cette nébuleuse obscure
originelle :
"Les mesures d'oxygène montrent qu'au moins une partie
significative des matériaux de la comète est plus ancienne que notre système
solaire et a une composition typique des nébuleuses obscures".
Pour Matt Taylor, l'un des scientifiques de la mission
Rosetta, "c'est un résultat intrigant pour les études à la fois dans et
en-dehors de la communauté des comètes, avec des implications possibles pour
nos modèles de l'évolution du système solaire". De quoi alimenter d'autres
études, donc.


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